Usage des médicaments en ville durant l'épidémie de Covid-19 : points de situation

27 mai 2021
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Ces études pharmaco-épidémiologiques présentent des points de situation à différentes dates sur l'usage des médicaments en ville durant l'épidémie de Covid-19.

Présentation

Le groupement d’intérêt scientifique (GIS) Epi-Phare constitué par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la Caisse nationale de l'Assurance Maladie (Cnam) publie les résultats d’études de pharmaco-épidémiologie portant sur la dispensation de médicaments remboursés sur ordonnance en pharmacie d’officine depuis le début de l’épidémie de Covid-19 en France.

Six études à ce jour, ont été publiées en avril, mai, juin, octobre, décembre 2020 et mai 2021, correspondant respectivement aux données :

  • après 2 semaines de confinement ;
  • après 5 semaines de confinement ;
  • après 8 semaines de confinement et 1 semaine de post-confinement ;
  • après 18 semaines de post-confinement ;
  • après 3 semaines du deuxième confinement ;
  • au 25 avril 2021.

Premier point de situation : après 2 semaines du premier confinement

Cette première étude avait pour objectif de caractériser les comportements de consommation en médicaments des personnes résidant en France, qu’ils soient en lien ou non avec le Covid-19, dans le contexte particulier du Covid-19 et du confinement, après 2 semaines de confinement.

Réalisée à partir des données nationales de remboursement de l’Assurance Maladie issues du système national des données de santé (SNDS), cette étude a comparé le nombre de personnes ayant eu une délivrance en pharmacie entre le début du mois janvier et la fin mars 2020, au nombre « attendu » de personnes, estimé sur la base de la même période en 2018 et 2019. Les résultats ont mis en évidence deux phénomènes majeurs : un phénomène de « stockage » pour les traitements de pathologies chroniques au cours des deux premières semaines de confinement, comme observé dans d’autres domaines de la consommation, ainsi qu’une très forte diminution des délivrances de produits nécessitant une administration par un professionnel de santé, notamment les vaccins. Ce premier rapport apporte également des informations précises sur les délivrances de médicaments utilisés dans le contexte de l’infection à Covid-19.

Citer cette étude : Groupement d’intérêt scientifique (GIS) Epi-Phare. Usage des médicaments de ville en France durant l’épidémie de Covid-19 : point de situation à la fin mars 2020. Avril 2020.

Deuxième point de situation de situation : après 5 semaines de confinement

Cette deuxième étude avait pour objectif de de caractériser les comportements de consommation des français vis-à-vis des médicaments prescrits, qu’ils soient en lien ou non avec le Covid-19, dans le contexte particulier du Covid-19 et du confinement, après 5 semaines de confinement.

Réalisée à partir des données nationales de remboursement de l’Assurance Maladie issues du système national des données de santé (SNDS), elle a comparé, pour 58 classes thérapeutiques, le nombre de personnes ayant eu une délivrance remboursée en pharmacie chaque semaine depuis mars 2020 au nombre « attendu » estimé sur la base de la même période en 2018 et 2019. Les résultats après cinq semaines de confinement en France ont mis en évidence en évidence un retour vers une consommation normalisée des traitements de pathologies chroniques depuis la mi-avril, après un phénomène initial de « stockage » au cours des deux premières semaines du confinement. De plus, ils ont confirmé la très forte diminution de la délivrance de produits qui nécessitent une administration par un professionnel de santé, notamment les vaccins mais aussi les produits destinés aux actes diagnostiques médicaux tels que coloscopies, scanners et IRM.

On constate également une forte baisse de consommation durant le confinement pour d’autres traitements médicamenteux (corticothérapie orale, antiinflammatoires non stéroïdiens, antibiothérapie systémique, antiulcéreux de type inhibiteurs de la pompe à proton). Une moindre prise en charge pour la contraception d’urgence et la procréation médicalement assistée perdure depuis le début de l’épidémie. Les achats sur prescription médicale de chloroquine et hydroxychloroquine ont été limités dans le temps en lien avec la médiatisation de ce traitement potentiel ; l’association hydroxychloroquine et azithromycine, a bondi de 7 000 % en semaine 13 pour atteindre environ 10 000 patients. La dispensation d’ibuprofène a été quasiment arrêtée à la suite des messages des autorités sanitaires, tandis la délivrance sur ordonnance de paracétamol a atteint jusqu’à 1 million de patients par jour (pic le 16 mars).

Citer cette étude : Groupement d’intérêt scientifique (GIS) Epi-Phare. Usage des médicaments en ville durant l'épidémie de Covid-19 : point de situation de situation après 5 semaines de confinement. Avril 2020.

 

Troisième point de situation : après 8 semaines de confinement et 1 semaine de post-confinement

Cette troisième étude avait pour objectif de caractériser les comportements de consommation de la population vis-à-vis des médicaments prescrits en ville, qu’ils soient en lien ou non avec la Covid-19, dans le contexte particulier de l’épidémie de Covid-19 et du confinement, pendant les 8 semaines de confinement et la première semaine post-confinement.

Réalisée à partir des données du système national des données de santé (SNDS), les résultats de cette étude ont montré qu’après huit semaines de confinement et une semaine post-confinement la consommation de médicaments de ville en France a été profondément modifiée. Ils mettent pour la première fois en évidence une forte baisse de l’instauration de traitements pour de nouveaux patients pendant le confinement (antihypertenseurs, antidiabétiques, statines). Ces résultats corroborent la baisse de l’activité de médecine de ville malgré le développement de la téléconsultation. Ces baisses correspondaient à plus de 100 000 patients hypertendus, 37 500 diabétiques et 70 000 personnes relevant d’un traitement par statines et non traitées.

De plus, ils montrent que la très forte diminution de la délivrance de produits nécessitant une administration par un professionnel de santé déjà rapportée précédemment s’est poursuivie jusqu’à la fin du confinement et au-delà (vaccins, coloscopies, scanners et IRM). En outre, l’effondrement de l’utilisation de l’antibiothérapie, en particulier chez les enfants a persisté pendant toute la durée du confinement et au cours de la semaine suivante. À l’inverse, certaines classes thérapeutiques ont vu leur utilisation augmenter en fin de confinement et lors de la première semaine de post-confinement, en particulier les hypnotiques et à un degré moindre les anxiolytiques. Les antidépresseurs n’étaient pas concernés par cette hausse à l’issue immédiate de la période de confinement.

Citer cette étude : Groupement d’intérêt scientifique (GIS) Epi-Phare. Usage des médicaments en ville durant l'épidémie de Covid-19 : point de situation après 8 semaines de confinement et une semaine de post-confinement. Juin 2020.

Quatrième point de situation : après 18 semaines de post-confinement

Cette quatrième étude avait pour objectif de caractériser les comportements de consommation de la population vis-à-vis des médicaments prescrits en ville, qu’ils soient en lien ou non avec la Covid-19, dans le contexte particulier de l’épidémie de Covid-19 et du confinement, après 18 semaines de post-confinement.

Réalisée à partir des données du système national des données de santé (SNDS), cette étude couvre la période de confinement national (semaines 12 à 19 du 16 mars 2020 au 10 mai 2020) et de post-confinement jusqu’au 13 septembre 2020, soit au total un suivi de six mois.

Durant les six mois qui ont suivi le début du confinement lié à l’épidémie de Covid-19 dans l’ensemble il n’y pas eu de manque notable de médicaments pour les pathologies chroniques déjà traitées, probablement parce que les patients ont eu le droit d’utiliser des ordonnances « périmées » et aussi grâce au recours aux téléconsultations. C’est le cas notamment pour les antihypertenseurs, les antidiabétiques dont l’insuline et les antiépileptiques. Rien ne prouve néanmoins que les adaptations thérapeutiques nécessaires aient été réalisées.

Pour les nouveaux malades, un déficit de mise en route des traitements, plus ou moins important selon les classes thérapeutiques, a été constaté. D’autres baisses marquantes d’utilisation sont également constatées pour les antibiotiques, les AINS, les antiulcéreux de type IPP et les corticoïdes oraux. Elles témoignent en partie de la bonne compréhension de messages des autorités sanitaires sur les possibles effets délétères de certains produits sur la Covid.

Toutefois deux classes thérapeutiques de médicaments des troubles mentaux, les anxiolytiques et les hypnotiques, ont vu leur consommation et leur instauration accrues de façon persistante pendant et au décours du confinement. Cette augmentation reflète probablement l’impact psychologique important de l’épidémie de Covid-19 et de ses conséquences sociales, professionnelles et économiques.

Le retard observé en termes de traitements nécessitant une administration par un professionnel de santé comme le traitement de la DMLA ou encore d’explorations fonctionnelles notamment par voie endoscopique ou par imagerie médicale ne pourra pas être comblé en 2020, nécessitant une programmation à moyen et long terme, voire une adaptation de certaines indications à l’offre de soins nécessairement plus réduite. Enfin, le retard observé en termes de vaccination sera difficilement comblé en 2020.

Citer cette étude : Groupement d’intérêt scientifique (GIS) Epi-Phare. Usage des médicaments en ville durant l'épidémie de Covid-19 : point de situation après 18 semaines de post-confinement. Octobre 2020.

Cinquième point de situation : après 3 semaines du deuxième confinement

Cette cinquième étude avait pour objectif de caractériser les comportements de consommation de la population vis-à-vis des médicaments prescrits en ville, qu’ils soient en lien ou non avec la Covid-19, dans le contexte particulier de l’épidémie de Covid-19 et du confinement, après 3 semaines du deuxième confinement.

Réalisée à partir des données du système national des données de santé (SNDS), cette étude couvre la période du rebond épidémique débutant à la fin de l’été 2020 et correspondant à la « seconde vague » de l’épidémie de Covid-19 en France métropolitaine, seconde vague toujours en cours en fin de la semaine 47 et au moment de la rédaction de ce rapport.

Durant les huit mois qui ont suivi le début de l’épidémie de Covid-19, il n’y pas eu de baisse notable de la délivrance des médicaments pour les pathologies chroniques déjà prises en charge. Cela s’explique probablement parce que les patients ont eu le droit d’utiliser des ordonnances « périmées » pendant les deux périodes de confinement, et grâce au recours à la téléconsultation. C’est le cas notamment pour les antihypertenseurs, les antidiabétiques dont l’insuline et les antiépileptiques. Par ailleurs, nous n’avons pas observé de phénomène de stockage de médicaments pour les maladies chroniques lors du deuxième confinement comme cela avait été le cas lors du premier.

En revanche, une baisse des instaurations de traitements pour de nouveaux malades, bien que le plus souvent faible, a été constatée pour quelques classes thérapeutiques.

D’autres baisses plus massives d’utilisation sont constatées pour les antibiotiques, les AINS, les corticoïdes oraux et les antiulcéreux (comme les IPP). Elles témoignent en partie de la bonne compréhension des messages des autorités sanitaires sur les possibles effets délétères de certains produits sur la Covid-19.

Lors de la deuxième vague, le couvre-feu puis le confinement qui ont suivi ont eu un impact moins marqué sur la prescription et la délivrance de médicaments que lors de la première vague et son confinement plus strict.

Les médicaments utilisés dans la prise en charge des troubles mentaux, les anxiolytiques et les hypnotiques, ont vu leur consommation et leur instauration accrues avec toutefois une baisse de l’instauration des hypnotiques (-2%) au début de second confinement. Après une baisse de -29% lors du premier confinement, la consommation d’antidépresseurs était en hausse en post-confinement et lors du deuxième confinement (+4% et +2%). Cette augmentation reflète probablement l’impact psychologique important de l’épidémie de Covid-19 et de ses conséquences sociales, professionnelles et économiques.

La vaccination reste très en deçà des années précédentes lors du deuxième confinement avec une baisse des délivrances des vaccins anti-HPV (-35,6%), vaccins antitétaniques (-14,6%), vaccins penta/hexavalent pour nourrissons (-14,2%). Le retard observé depuis huit mois en termes de vaccination ne sera pas comblé en 2020 et se reportera sur l’année 2021.

Enfin, pour les traitements nécessitant une administration par un professionnel de santé comme le traitement de la DMLA par injection dans l’œil ou encore les explorations fonctionnelles notamment par voie endoscopique digestive ou par imagerie médicale, la baisse était bien moindre lors du deuxième confinement, mais les retards observés et cumulés depuis huit mois ne pourront pas, non plus, être rattrapés en 2020, nécessitant une programmation à moyen et long terme, voire une adaptation de certaines indications à l’offre de soins nécessairement plus réduite.

Citer cette étude : Groupement d’intérêt scientifique (GIS) Epi-Phare. Usage des médicaments en ville durant l'épidémie de Covid-19 : point de situation après 3 semaines du deuxième confinement. Décembre 2020.

Sixième point de situation : jusqu’au 25 avril 2021

Cette sixième étude avait pour objectif de caractériser les comportements de consommation de la population vis-à-vis des médicaments prescrits en ville, qu’ils soient en lien ou non avec la Covid-19, dans le contexte particulier de l’épidémie de Covid-19, en couvrant la période du 16 mars 2020 au 25 avril 2021.

Réalisée à partir des données du système national des données de santé (SNDS), l'étude porte sur 4 milliards de lignes de prescriptions remboursées par l’Assurance Maladie à 51,6 millions d’assurés du régime général.

Cette nouvelle étude met en évidence deux phénomènes majeurs au cours des 4 premiers mois de l’année 2021. Le premier est une hausse nette de la délivrance de traitements antidiabétiques et cardiovasculaires (notamment les statines). En effet, début 2021, le nombre de traitements prescrits et délivrés d’antidiabétiques et de statines (traitement des troubles lipidiques et en prévention cardiovasculaire) a augmenté pour devenir de l’ordre de +  5 % fin avril. Cette augmentation concerne tout particulièrement les instaurations de traitement chez des patients non traités auparavant : ainsi, on observe depuis ce début d’année une hausse marquée par rapport à l’attendu des instaurations, notamment pour les antihypertenseurs + 69 000 (+ 14,7 %), les antidiabétiques + 15 000 (+ 11 %), et les statines + 61 000 (+ 24 %).

Le second phénomène est une accentuation de l’augmentation des délivrances de médicaments antidépresseurs, antipsychotiques, anxiolytiques et hypnotiques, déjà constatée en 2020. La tendance forte de l’augmentation d’utilisation de ces 3 classes de médicaments s’est encore amplifiée en 2021, avec des hausses des délivrances de + 5 % à 13 % selon les médicaments, et des hausses d’instaurations de + 15 % à + 26 % par rapport à l’attendu.

Au global, sur la période de plus d’un an depuis le début du premier confinement, entre mars 2020 et avril 2021, on observe une augmentation de + 1,9 million de délivrances d’antidépresseurs, + 440 000 délivrances d’antipsychotiques, + 3,4 millions de délivrances d’anxiolytiques et + 1,4 million de délivrances d’hypnotiques par rapport à l’attendu. La délivrance de médicaments de la dépendance à l’alcool a été globalement stable en 2020, mais en hausse marquée depuis le début de l’année 2021 (+ 18 300 délivrances entre janvier et avril 2021).

Ce rapport montre également une autre tendance inquiétante : la vaccination des enfants et adolescents a continué d’enregistrer un fort déficit, qui s’est même accentué durant les 4 premiers mois de cette année.

Pour les vaccins penta/hexavalents pour nourrissons et ROR (rougeole-oreillons-rubéole), la chute des délivrances observée pendant le premier confinement de 2020 a été suivie d’un retour vers des valeurs habituelles. Toutefois, fin 2020, on observait un solde négatif de délivrance de ces vaccins, atteignant - 52 600 pour les vaccins penta et hexavalents pour nourrissons et - 170 000 pour le vaccin ROR. Début 2021, on observe une nouvelle chute des délivrances des vaccins penta/hexavalents pour nourrissons et ROR, avec un solde négatif de respectivement - 28 700 et - 96 400 délivrances de ces vaccins, par rapport à l’attendu en 2021 sur les 4 premiers mois de l’année.

Pour les vaccins anti-HPV (virus du papillome humain), la forte baisse des délivrances initiée pendant le premier confinement de 2020 s’est poursuivie jusqu’au 25 avril 2021, atteignant - 274 000 doses (- 33 %) sur l’ensemble de l’année 2020 et - 103 000 doses (- 27 %) sur les 4 premiers mois de 2021. Cette baisse des vaccinations qui se poursuit en 2021 contraste avec la forte demande en vaccin contre le virus de la Covid-19, vaccination qui a concerné plus de 23 millions de personnes en 5 mois.

Par ailleurs, cette étude montre une augmentation, depuis l’automne 2020, de l’utilisation des produits permettant de réaliser des actes de diagnostics médicaux (coloscopies, scanners ou IRM). Toutefois, cette augmentation n’est pas suffisante pour rattraper les retards importants enregistrés en 2020. Ainsi, sur l’ensemble de l’année 2020 on comptabilise un déficit de l’ordre de 206 000 (- 17 %) pour les préparations pour coloscopie, de 295 000 (- 9 %) pour les produits iodés pour scanner et de 173 000 (- 10 %) pour les produits de contraste pour IRM. En comparaison, sur les 4 premiers mois de 2021, par rapport à l’attendu ce sont + 19 000 préparations pour coloscopie, + 44 000 produits iodés pour scanner, + 36 000 produits de contraste pour IRM qui ont été délivrés. La chute durant le début de la pandémie, parfois de plus de 80 % de ces trois derniers actes indispensables pour diagnostiquer et suivre certains cancers ou maladies graves en poussée, conduisent toujours avec l’ensemble de la filière de cancérologie et de médecine de spécialité à des retards conséquents de prise en charge.

Enfin, la forte baisse de la prescription de l’antibiothérapie s’est poursuivie en 2021 : - 4,7 millions de traitements en 2021, soit - 24,8 %, en lien avec la diminution de la circulation des virus (hors SARS-CoV-2) et autres agents infectieux, consécutive à la distanciation sociale et au port du masque.

Citer cette étude : Groupement d’intérêt scientifique (GIS) Epi-Phare. Usage des médicaments de ville en France durant l’épidémie de la Covid-19 : point de situation jusqu’au 25 avril 2021. Mai 2021.

Informations sur la publication

Propriété Valeur
Thème(s) médicaments et dispositifs médicaux ; pathologies
Collection Études pharmaco-épidémiologiques
Date de publication mai 2021
Auteur(s) Groupement d’intérêt scientifique (GIS) Epi-Phare
Fréquence de parution de la collection ponctuelle
Mot(s)-clé(s) Covid-19 ; pratique médicale ; suivi de la consommation de soins ; système d'information

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