Traitements anticoagulants oraux : une observance insuffisante et préoccupante

30 novembre 2018

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L’adhésion aux traitements anticoagulants oraux n’est pas meilleure pour les anticoagulants oraux d’action directe (AOD) que pour les antivitamines K (AVK). C’est ce que montre une étude comparative menée par le département des études de santé publique de la Caisse nationale de l’Assurance Maladie (Cnam), rendue publique en septembre 2018.

Cette étude (1) a mesuré les taux d’arrêt des traitements anticoagulants oraux de près de 35 000 patients avec fibrillation auriculaire non valvulaire en 2013-2014, à partir des données des bases médico-administratives françaises (2).

Qu’il s’agisse des patients commençant un traitement par anticoagulants oraux d’action directe - dabigatran ou rivaroxaban (3) - ou par antivitamines K, la fréquence des arrêts de ce traitement au cours de la première année est élevée : 1 patient sur 5 arrête son traitement pendant au moins 60 jours. Ce taux augmente encore si l’on tient également compte du nombre de patients qui changent de type de traitement anticoagulant oral : il atteint alors 1 patient sur 3. Et moins d’1 patient sur 5 reprend un traitement dans les 4 mois suivant l’arrêt.

Pour mémoire, les AOD sont disponibles depuis 2012 comme alternative aux AVK dans la prévention des accidents vasculaires cérébraux chez les patients atteints de fibrillation auriculaire non valvulaire. Ils sont recommandés en première intention par la Société européenne de cardiologie depuis 2016. En plus de réduire le risque d’hémorragie intracrânienne par rapport aux AVK, les AOD sont d’une utilisation plus simple pour les patients : leur posologie est fixe, leur effet thérapeutique prédictible, et ils ne nécessitent pas de suivi biologique régulier. Une amélioration de l’adhésion au traitement anticoagulant oral, souvent décrite comme insuffisante avec le traitement par AVK, était donc attendue avec le traitement AOD. L’étude montre que ce n’est pas le cas.

D’une manière générale, les taux d’arrêt mesurés pour l’ensemble des anticoagulants oraux, AVK ou AOD, sont préoccupants, en particulier en termes de risque de complications, principalement l’AVC, lié à l’absence de couverture anticoagulante.

La Société française de cardiologie (SFC) et la Cnam se sont associées, dans un communiqué de presse du 13 septembre 2018, pour rappeler aux prescripteurs :

  • que la fibrillation auriculaire est une maladie grave et la mortalité associée à sa principale complication, l’AVC, peut être en grande partie réduite par la prise d’anticoagulants oraux ;
  • que l’adhésion optimale à ces traitements, obligatoire pour assurer leur pleine efficacité, doit ainsi être discutée avec les patients et régulièrement contrôlée, notamment chez ceux traités par AOD pour lesquels un suivi biologique n’est pas nécessaire ;
  • et que face aux patients ayant décidé d’arrêter de leur propre chef le traitement, une discussion doit être engagée pour comprendre les raisons d’arrêt incluant la recherche d’effets indésirables, hémorragiques ou pas, et mettre en place des actions pour améliorer l’adhésion au traitement.

(1) Disponible (en anglais) dans son intégralité ici 
(2) Système national d'information inter-régimes de l'assurance maladie  – Programme de médicalisation des systèmes d’information (Sniiram-PMSI).
(3) L’apixaban, remboursé depuis 2014 seulement, n’a pas été ciblé par l’étude.

 

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Source : Assurance Maladie – Société française de cardiologie.