« Tout le monde tire avantage d’un lieu de travail inclusif et diversifié »

16 novembre 2021

Portraits de Guy Tisserant et Marie-Gabrielle Dubreuil
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À l’occasion de l’édition 2021 de la Semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées (SEEPH), l’Assurance Maladie réaffirme son engagement en matière de handicap et d’inclusion. Marie-Gabrielle Dubreuil, directrice des ressources humaines des réseaux, et Guy Tisserant, champion paralympique et champion du monde de tennis de table, membre du comité directeur de la Fédération Française Handisport, président et cofondateur du cabinet de conseil TH Conseil, livrent leur regard sur la prise en compte du handicap en entreprise, ses évolutions et ses axes d’amélioration.

En quoi l’inclusion de personnes en situation de handicap est-elle une chance pour l’entreprise ?

Marie-Gabrielle Dubreuil : L’inclusion des personnes en situation de handicap est favorisée par une politique de recrutement qui se concentre sur les compétences. Les collaborateurs, qui ont des expériences variées et des profils atypiques, abordent différemment les problèmes pour les résoudre, ce qui représente une source d’innovation. En se sentant inclus, ils montrent aussi plus d’attachement à leur entreprise et d’enthousiasme. Plus largement, tout le monde tire avantage d’un lieu de travail inclusif et diversifié.

Guy Tisserant : Très souvent, on focalise sur la notion de contrainte, qui existe évidemment, mais qui ne doit pas faire oublier qu’il y a une plus-value derrière les enjeux d’inclusion. Le fait de travailler sur des sujets comme le handicap au sein de l’entreprise amène à se questionner sur la prise en compte de la singularité et, par extension, sur la dénormalisation des standards. C’est une opportunité pour réfléchir autrement, s’interroger sur les conditions de travail, fédérer et mobiliser autour d’un projet commun. La singularité et la différence sont des atouts pour apprendre à mieux vivre ensemble, construire des logiques de respect et améliorer le management, mais c’est aussi un outil d’innovation.

Pensez-vous que le regard sur le handicap a changé ces dernières années ?

Marie-Gabrielle Dubreuil : L’Assurance Maladie se doit d’être exemplaire sur les enjeux de diversité, d’égalité femmes-hommes, ou encore de handicap. Elle s’est ainsi engagée depuis plusieurs années dans une démarche volontariste en faveur de l’amélioration de l’accès aux soins mais aussi à l’emploi des personnes en situation de handicap. La signature en mai 2021 du Manifeste Inclusion s’inscrit, d’ailleurs, dans la continuité directe des actions déjà entreprises et dans le cadre la convention signée entre l’Ucanss (Union des caisses nationales de Sécurité sociale) et l'Agefiph.

Les premières politiques, actions en matière de handicap, accordaient une large place à la communication et à la sensibilisation des parties prenantes aux problématiques du handicap (dirigeants, managers, RH, salariés…). Ces politiques ont globalement atteint leurs objectifs, notamment autour de la question des préjugés et de la connaissance du handicap et des enjeux.

Guy Tisserant : Il reste encore à faire, mais il y a quand même eu des évolutions ces 20, 30 dernières années. La maturité et la culture des entreprises sur le sujet ont progressé. Malgré tout, le taux de chômage des personnes en situation de handicap reste deux fois supérieur à l’ensemble de la population, ce qui montre bien qu’il y a encore une problématique spécifique d’accès et de maintien dans l’emploi. Les dispositifs mis en œuvre dans ce sens ont toutefois permis de s’attaquer au sujet majeur qui est, au départ, l’ignorance à l’origine de nombreux préjugés. Les rencontres entre employeurs et personnes en situation de handicap, lors de salons dédiés par exemple, ont aussi eu un impact positif en matière de sensibilisation et de pédagogie.

Quels efforts restent à faire en matière de handicap en entreprise ?

Marie-Gabrielle Dubreuil : Les priorités de la politique handicap sont aujourd’hui recentrées sur le recrutement et surtout sur le maintien dans l’emploi. En 2019, l’Assurance Maladie a ainsi signé un accord-cadre national d’une durée de trois ans entre les centres de traitement informatiques (CTI) et la Fédération des associations gestionnaires et des établissements de réadaptation pour handicapés (Fagerh).

Par ailleurs, l’Assurance Maladie est fortement impliquée dans l’insertion et la réinsertion des personnes en situation de handicap, à travers le groupe Ugecam. Grâce à sa double compétence sanitaire et médico-sociale, le Groupe Ugecam prend en compte les conséquences du handicap dans la vie professionnelle dans 11 établissements et services de pré-orientation (ESPO), 10 établissements et services de réadaptation professionnelle (ESRP) et 14 unités d’évaluation, de réentraînement et d’orientation sociale (UEROS).

Récemment, une convention nationale de partenariat a été conclue avec l’association APF France handicap pour améliorer l’accès aux droits et l’accès aux soins des personnes en situation de handicap.

Guy Tisserant : L’adaptation de l’environnement et des processus de l’entreprise est essentielle. Pour cela, il est nécessaire de travailler sur une meilleure compréhension des phénomènes de stéréotypes sans pour autant tomber dans la discrimination positive, mais aussi sur la notion de management « équitable », et non pas « égalitaire ». La sensibilisation et la formation des collaborateurs sur ces sujets sont indispensables.

Ensuite, pour attirer les candidats en situation de handicap, l’entreprise doit réfléchir sur ses pratiques pour être plus ouverte à la singularité et à la différence. Ça passe notamment par la construction d’un environnement bienveillant, qui offre les mêmes chances de réussite que les collaborateurs « ordinaires », en aménageant les espaces, en rendant accessibles les locaux, et les supports de travail, en comprenant, plus globalement, les conséquences du handicap et en les compensant (accompagnement, aménagement techniques et organisationnels, compréhension des comportements singuliers…).

QUELQUES CHIFFRES
4 454 collaborateurs en situation de handicap en 2020 au sein de l'Assurance Maladie
Un taux d’emploi de 6,48 % supérieur aux 6 % réglementaires 
-29,5%, c’est la baisse des contributions Agefiph/FIPHFP entre 2015 et 2019